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Numéro
psychologie clinique
Numéro 49, 2020
Cyberpsychologie et Cyberpsychanalyse
Page(s) 128 - 135
Section Varia
DOI https://doi.org/10.1051/psyc/202049127
Publié en ligne 23 juin 2020

© Association Psychologie Clinique 2020

La psychanalyse pourrait offrir à ses praticiens l’occasion de développer une vision peu conventionnelle de la politique. De son point de vue, les positions politiques d’un homme ne se résumeraient pas à ses écrits ou à ses prises de position communément admises comme telles. Celles-ci, comme d’autres de leurs créations et manifestations, comme tout signifiant, sont surdéterminés, obéissant à différentes inscriptions, à différents rythmes, distribués de manière variable sur l’échiquier de leurs vies. Les relations des signifiants aux signifiés sont toujours complexes, surdéterminées. Souvent des positions politiques contradictoires coexistent pour un même sujet : un tel qui se veut communiste ne se prive pas d’exprimer son racisme et son anti-féminisme, les rationalisant de plus belle; un tel autre qui se prétend fasciste ne censure pas ses sympathies envers les réfugiés politiques ou envers les peuples d’autres races, qu’il défend avec passion. Un tel, persécuté, devient persécuteur, le torturé peut devenir tortionnaire, le terrorisé, terroriste; le meurtri, meurtrier, alors que tels autres chercheront la vie de l’esprit, le dégagement des affaires du monde, la psychanalyse, pourquoi pas ? La politique est aussi un champ où la complexité du sujet de l’inconscient et les aléas de l’histoire viennent à jour. C’est ce qui montre l’histoire et son étendue.

Voulant connaître les positions politiques de Freud, nous pouvons les approcher à partir de tel texte qui mentionne explicitement le communisme ou tel autre qui traite d’un président nord-américain, par exemple. Il est alors surprenant que Freud n’ait jamais mentionné ni le maire d’extrême droite de Vienne, arrivé au pouvoir en 1897, ni le national-socialisme, fondé en Allemagne en 1920. Nous remarquerions la concordance entre ces dates et la publication de tel ou tel de ses textes, comme si la théorie commentait l’actualité politique. Ainsi, L’Interprétation des rêves pourrait apparaître comme une réponse aux positions anti-sémites de Karl Lueger, élu peu avant la parution du livre, mais en campagne de longue date pour son élection pendant sa rédaction, alors qu’Au-delà du principe du plaisir apparaîtrait comme un commentaire à la fondation du parti nazi de l’holocauste. Parmi ces textes de Freud, d’autres, comme Totem et tabou ou la Psychologie des foules et l’analyse du moi peuvent servir à des déductions politiques certaines.

Nous ne devrions pas négliger non plus les pages qu’un de ses biographes consacre au bain libéral conservateur où vivait Freud1. Il lui était impossible de ne pas être un libéral. Tous les Juifs de Vienne l’étaient, y compris quand ils revendiquaient le socialisme et, pire, le communisme. Dans sa vieillesse, Freud se définissait comme « un libéral à l’ancienne mode »2. Pourtant, il a connu de près dans sa jeunesse un monde que Gay décrit d’une plume de romancier : « De fait, nombre d’immigrants en provenance des misérables villages d’Europe orientale avaient une manière de s’habiller, de parler et de gesticuler qui paraissait étrangère et déplaisante aux Viennois3. » La famille Freud, père et mère, étaient de ce lot. Comment pourraient-ils ne pas l’être ? À ce titre, nous ne devrions certainement pas négliger les chapitres remarquables consacrés à Freud par un autre historien : « Freud et la médecine », « Freud et Vienne », « Freud et ses disciples »4. Ces sommes de tout point de vue remarquables, et essentielles à la compréhension de l’univers politique de Freud, restent pourtant aveugles aux racines des premiers psychanalystes et de la plupart des Juifs immigrés Viennois, à l’exception peut-être, pour Johnston, de quelques pages où il est question de « La prééminence intellectuelle des Juifs : ses racines dans la tradition tribale et le rejet des gentils »5. Le fait est que Freud était un immigré de deuxième génération, comme la plupart des intellectuels Juifs de Vienne, ville qui accueillit au moins une centaine de milliers d’immigrés en provenance de l’Est européen, et notamment de la Galice, en très peu d’années, au passage d’un siècle à l’autre. Née au moment où le 19e siècle se déverse sur le 20e, la psychanalyse est aussi liée aux immigrés.

Martin Freud

Quoi qu’il en soit de l’imbrication de ces tableaux où se définit la surdétermination du politique pour un sujet, ici Freud, d’autres tableaux existent qui laissent transparaître des positions politiques, tels les portraits de sa vie intime, familiale, dans sa relation avec ses enfants ou avec ses amis intimes. Martin Freud par exemple était toujours « enclin à défendre son honneur par la violence, il adhéra, étudiant, à une association juive qui pratiquait le duel, la Kadima, ce qui son père aurait vu d’un bon œil. Il devint un escrimeur redouté. Lors d’une “rixe” entre étudiants juifs et germano-autrichiens, il écopa d’un coup de couteau. »

À une autre occasion, Martin a beaucoup souffert de ne pas avoir pu riposter à une offense qu’il subit en société. Il avait été giflé sur la patinoire et n’ayant pas pu se venger, il en souffrait comme si tout son avenir avait été détruit. Freud le fit venir dans son bureau et entendit son histoire. Martin se souvenait que Freud reconnut le droit moral de rendre coup par coup6. Nous pouvons y entendre la réparation tardive par Freud de l’affront subi par son père, qui ne se vengea pas quand on envoya son chapeau sur la boue.

De même, « alors que Martin souffrait d’un chagrin d’amour, et avait fait appel à l’aide de son père (qui connaissait la jeune fille), il paraît que celui-ci lui répondit : “Ton défaut est que tu n’as pas ou pas assez d’agressivité. Si tu étais devenu brutal quand elle te tourmentait, si tu lui avais crié dessus ou, mieux encore, l’avais giflée, alors peut-être qu’une relation heureuse aurait pu se développer7.” » Freud était de ceux qui croient à la violence individuelle pour la résolution de conflits, et même des différends. Il partageait cette position avec un grand nombre de ceux de son entourage.

Qui était donc le Dr. Paul Federn ?

Remplaçant Otto Rank en tant que secrétaire particulier de Freud à partir de 1924, Federn était aussi son ami intime, un des rares sur qui il pouvait compter en toute occasion. Leur proximité dura jusqu’à leur fuite de Vienne. Comptant soixantequatre titres de contributions aux premières publications psychanalytiques, Federn était un théoricien respecté. À son fils, Ernst, reviendra la tâche d’éditer les Minutes de la Société psychologique du mercredi, travail de secrétariat accompli par Rank, mais resté inédit à l’époque. Or, Federn était un militant social-démocrate, parti à l’époque considéré comme « de gauche », comme nous verrons.

Le grand-père de Federn, Bunzlfedern, fut un important Rabin à Prague, très libéral. Son père, qui germanisa leur nom, fut Salomon Federn (1832-1920), célèbre médecin à Vienne, alors que sa mère, Ernestine Spitzer, venait d’une famille de commerçants protestants. Parmi les patients les plus connus de Salomon, se trouvait toute la direction du Wiener Kredit Anstalt, importante banque d’Europe centrale. Longtemps, Ernestine milita pour l’émancipation des femmes, même après son mariage.

Federn est né le 13 octobre 1871, à Vienne. Troisième garçon d’une fratrie qui en comptait déjà deux, il eut encore deux sœurs et un frère. Adolescent, il souffrait de crises dépressives qui attiraient l’attention de ses amis et de ses familiers. Parallèlement, il les étonnait et charmait avec ses dons de pickpocket. Il était capable de chaparder n’importe où n’importe quoi dans les poches de n’importe qui, disait-on. Federn fit son service militaire dans la chevalerie viennoise. Son père décida qu’il devait être médecin, alors que personnellement il aurait mieux aimé étudier la biologie. Il se forma en 1895 à l’Université de Vienne et servit sept ans durant à l’Allgemeines Krankenhaus, l’Hôpital général de cette ville. Il ouvrit son propre cabinet en 19028.

Federn rencontra sa future femme, Wilma Bauer, alors qu’il faisait la cour à sa sœur aînée. Wilma était âgée de onze ans et, lui, de vingt-deux. Dix ans plus tard, dès qu’elle en eut vingt et un, ils se sont mariés. Elle aussi venait d’une famille protestante, écrivait des poèmes et des pièces de théâtre que Federn lui interdisait de publier, car il n’aurait pas supporté d’être jaloux. Ils eurent trois enfants, une fille et deux garçons. Toute sa vie, sa femme a souffert d’une « condition cardiaque », alors qu’il souffrait lui-même d’une dépression latente.

Federn connut Freud aussitôt après son installation comme médecin grâce à Hermann Nothnagel, leur médecin-chef à tous les deux. Impressionné, il devint en 1903 le cinquième membre de la Société des mercredis. Après cette rencontre, sa dépression s’amenuisa, mais l’idée du suicide ne disparut pas pour autant9. Federn a toujours été loyal à Freud. Alors même que leurs idées divergeaient, il amenuisait leurs différences, mettant celles de son aîné en valeur. En quelque sorte, Federn s’interdisait de « publier » ses propres idées autant qu’il interdisait à sa femme de publier ses poèmes et ses pièces de théâtre, une des rares interdictions qu’elle accepta de sa part. Pour le reste, leur fils Ernst se souvient qu’on appelait sa mère de « Mussolina » et leur père de « Roi Victor Emmanuel » pour caractériser leur couple. Ce Roi faisait souvent des concessions à son très exigeant et impérieux Premier ministre10.

Federn participa à la Première Guerre en soutenant l’Allemagne de toutes ses forces. Encouragé par un de ses frères, économiste, il investit tout son argent dans les Bons de Guerre autrichiens. Leur raison pour cela était empreinte de romantisme : si l’Autriche et l’Allemagne perdaient cette guerre, la vie n’aurait plus aucun sens. Par la suite, Federn ne s’est jamais tout à fait récupéré financièrement, ayant toujours eu un rapport particulier à l’argent. Il négligeait par exemple de se faire payer ses séances.

Federn publia son premier livre, en 191911. De cette étude, nous pouvons dire qu’elle met au défi les thèses sur le meurtre du père, ce que Freud accueille fort bien. Accentuant le rôle des conseils ouvriers et militaires après la fin de la Première Guerre mondiale, étudiant la Révolution russe, ce travail de Federn se départ de la froideur prétendument objective de l’étude psychanalytique et ne craint pas d’acquérir la fugue du pamphlet révolutionnaire. Nous pouvons y lire, par exemple :

« Ainsi nous voyons dans l’organisation des conseils la forme d’action des forces constructives de la révolution. » Rien de cela n’empêchera Freud de le nommer son représentant auprès des différentes instances psychanalytiques quelques années plus tard. Certains de ses livres ultérieurs expriment encore ses préoccupations politiques et sociales, Das Ärtzlich Volksbuch (Livre populaire de médicine) (1924) et Das Psychoanalytiische Volksbuch (Livre populaire de psychanalyse) (1926). Parmi d’autres de ses contributions importantes, mentionnons, de 1934, « L’analyse des psychotiques »12, l’ensemble de ses articles réunis par son ami Edoardo Weiss immédiatement après son décès13, et encore, un autre recueil de ses articles Investissement du Moi et actes manqués suivi de Contes, mythes, histoire des premiers temps14. Cet ensemble offre l’image d’un clinicien aux intérêts divers et riches, capable de les explorer à fond.

Un « autre » Federn

Après guerre son activité politique a été importante. Avec sa sœur, Else Federn, assistante sociale, ils participèrent de la création du Werkbundsiedlung Wien, liées aux jardins populaires de la ville, occupant les terres environnantes Vienne pour y établir des coopératives agricoles, luttant contre la famine et le chômage endémiques à l’époque. Encore aujourd’hui, un parc y est nommé en honneur à cette femme, l’Else-Federn-Park15.

Leur deuxième sœur, Etta Federn-Kohlhass, aussi connue comme Marietta Federn, Etta Federn-Kirmsse, ou encore simplement Esperanza, publia sous tous ces pseudonymes ses propres livres et ses traductions. Figure importante du syndicalisme anarchiste, en Allemagne et en Espagne, elle lutta dans la Guerre civile espagnole avant de participer à la Résistance française16. À la fin de sa vie, elle s’installa en France sous le nom de Etta Talhaas17.

Les Federn étaient très proches des Eckstein, traditionnelle famille juive socialiste, et des Freud. L’imbrication de ces familles était remarquable. Fritz Eckstein, richissime industriel, était un compagnon des parties de tarot de Freud; ils étaient aussi tous deux, et leurs cercles, membres du B’nai B’rith, organisation originaire des États-Unis, obéissant aux modalités de la franc-maçonnerie. Alors que les Francsmaçons excluaient les Juifs, le B’nai B’rith veillait à leur élévation morale et culturelle, et à leur éducation sous toutes ses formes. Freud y présenta ses premières conférences sur le rêve et le B’nai B’rith lui procura une célébrité internationale immédiate.

Therese Eckstein Schlesinger, fille de Fritz et sœur de Emma Eckstein, a été une des fondatrices du Parti social-démocrate autrichien et germanophile convaincue. À l’époque, le pangermanisme était une idéologie de gauche puisqu’elle servait à l’opposition à l’impérialisme des Habsbourg et favorisait la séparation de l’Église et de l’État. Emma était la célèbre Irma, patiente de Freud. Elle était aussi farouche militante, devint brièvement psychanalyste et publia en 1904 un petit livre sur L’éducation sexuelle des enfants que Freud loua18, même si le livre ne le mentionne jamais.

Un militantisme généralisé

Depuis 1918, Federn était un militant social-démocrate, membre de la Section médicale du Parti, ayant eu des fonctions électives. Un certain nombre des premiers psychanalystes, dont Helene Deutsch, Siegfried Bernfeld, Otto Fenichel, Wilhelm Reich, Erik Fromm, et d’autres encore, étaient des « militants » en politique et en psychanalyse. Originaire de la Galice, Deutsch commença à militer adolescente encore, gardant pendant plus d’une dizaine d’années une relation intime avec un homme son aîné de quatorze ans, secrétaire général d’un parti socialiste, avec qui elle se rendit au Congrès socialiste international de 1910; venue également de la Galice, militant so, Bernfeld fut longtemps secrétaire général du Conseil central sioniste de l’Autriche occidentale, après quoi il fut un des dirigeants du Kinderheim Baumgarten, qui procura éducation et logement à trois cents enfants orphelins juifs polonais à la sortie de la Première Grande guerre; admis à la Société psychanalytique de Vienne à l’âge de vingt-trois ans, il dut s’exiler à Berlin en 1922 et, dès cette année jusqu’en 1934, avec Bernfeld, Fromm, Reich, Ernst Simmel, Frances Deri et d’autres, Fenichel fut un des principaux animateurs d’un groupe psychanalytique d’orientation marxiste, ayant dû –s’exiler année après année à Prague, à Oslo et, enfin, à Los Angeles19. Il en fut de même avec Erich Fromm et Wilhelm Reich, dont le militantisme se passe de commentaires. Parallèlement à leur militantisme, ces psychanalystes fondaient des cliniques psychanalytiques ouvertes au peuple. Bien évidemment, Freud en était au courant et soutenait ces militants d’un enthousiasme retenu et discret, probablement en souvenir de ses années de lycée, quand il se sentait attiré par « quelques idées extrêmes » mais aussi précautionneux par rapport à la situation de l’époque en Autriche. Loin d’un apolitisme de façade, Freud a toujours été tenté par ces « idées extrêmes » de ces années-là, dont le meilleur exemple a été Reich. Dans une lettre du 21.09.1927, Freud donne son accord à la proposition de Federn de cooptation de Reich au « comité directeur »20. Federn est un actif militant du Parti social démocrate allemand et Reich un militant du Parti communiste qui rend des services importants à la psychanalyse. Reich a inauguré les conférences psychanalytiques pédagogiques à l’intention du mouvement ouvrier et Freud l’apprécie21.

Une lettre de Freud à Federn en date du 8 novembre 1936 ne peut être pleinement comprise que dans ce contexte. « D’après ce que j’ai appris, vous avez à nouveau des raisons de vous faire du souci pour l’avenir proche d’un de vos fils », écrit-il à son ami, alors qu’il se prépare à venir à leur secours22. C’est que ce fils s’est fait encore arrêter pour ses activités militantes anti-fascistes. Les violents combats de rue à Vienne, qui compte un fort contingent de « rouges », ont commencé depuis 1931, à l’occasion d’une tentative de coup d’état fasciste. L’appui de Freud à ce père au bénéfice du fils acquiert ainsi un sens complexe et riche, outre sa générosité. En vérité, Ernst Federn, militant socialiste révolutionnaire, trotskyste, à gauche de son père, venait de se faire arrêter pour la seconde fois cette même année. Condamné, emprisonné dès 1937 et envoyé à Dachau, puis à Buchenwald, il fut libéré par les Alliés en 194523. Il passa donc huit ans en camp de concentration et ne dut sa survie qu’à des circonstances exceptionnelles. Sa jeunesse et sa robustesse certes, mais aussi « la chance d’être veilleur de nuit puis de pouvoir se servir de la psychanalyse en s’occupant des détenus criminels ou en accompagnant dans la mort ceux qui étaient désignés pour l’extermination », parmi eux les musulmänner de Primo Lévi, en fait. Ernst donna même dans les camps de concentration des conférences psychanalytiques24. Par ailleurs, nous pouvons mieux comprendre le caractère succinct des lettres de Freud au père du jeune homme : elles étaient quasiment, pour ainsi dire, des lettres cryptées, où il s’agissait surtout de ne pas laisser aller son imagination ni faire preuve d’intimité, alors que celui qui créa le mot de psychanalyse et s’affichait comme « apolitique » et même comme « libéral à l’ancienne manière » se montrait aussi sympathisant de ces mouvements dissidents et révolutionnaires25.

Conclusion : la politique et ses questions

Dans l’approche kaléidoscopique qui mérite toute vie, l’insistance de Freud à rester à Vienne jusqu’à la dernière minute, pour lui-même et pour son entourage, peut acquérir des sens insoupçonnés. L’articulation entre « prudence » affichée et « extrémisme » latent est une des complexités de la façon d’être de Freud et des premiers psychanalystes qu’il nous reste à imaginer.

L’apolitisme des psychanalystes est étroitement lié à leur nouvelle immigration de l’Europe continentale vers la Grande-Bretagne, les États-Unis et l’Amérique latine, et aux conditions imposées à ces pays aux réfugiés politiques qu’ils étaient. Plus tard, cet apolitisme fut assimilé à une supposée neutralité scientifique, inexistante aux origines de la psychanalyse et pendant longtemps. L’un et l’autre étaient aussi liés à l’ascension sociale des psychanalystes et à la surdétermination de leurs nouvelles positions sur l’échiquier social et politique : de colonisés à immigrants, ils accédèrent enfin à des positions dominantes. Aujourd’hui, ils peuvent prétendre revenir à leurs origines et retrouver leurs racines, faisant que d’anciennes questions réapparaissent. La politique, comme la psychanalyse, a souvent affaire au retour du refoulé.


1

P. Gay (1988), Freud. Une vie, Paris, Hachette, 1991, trad. T. Jolas, p. 19-27.

2

Lettre de Freud à A. Zweig en date du 26.11.1930. Correspondance S. Freud-A. Zweig, 1927-1939, Paris, Gallimard, trad. J.-C. Gehrig, 1973, p. 55.

3

P. Gay (1988), Freud. Une vie, op. cit., p. 25.

4

W.M. Johnston (1972), L’esprit viennois. Une histoire intellectuelle et sociale 1848-1938, Paris, Puf, 1985, trad. P.-E. Dauzat, p. 265-312.

5

Idem, p. 24-32.

6

M. Schröter, « Martin Freud (1889-1967). Esquisse biographique », in S. Freud, Lettres à ses enfants, Paris, AubierFlammarion, 2012, trad. F. Cambon, p. 99.

7

Idem, p. 101.

8

F. Alexander, S. Eisenstein, M. Grotjahn, Psychoanalytic Pioneers. A History of psychoanalysis as seen through the lives and the works of its most eminent teachers, thinkers and clinicians, New York, Londres, Basic Books, 1966.

9

D. Lester et R. Stockton, Suicide and the Holocaust, New Jersey, Nova Science Publishers, 2005.

10

E. Federn, Témoin de la psychanalyse. De Vienne à Vienne via Buchenwald et les États-Unis, Paris, PUF, 1994, trad. M.-V. Tran Van Khai.

11

« Contribution à la psychologie de la révolution : la société sans père », Paris, Incidence, 3, 2007, trad. O. Mannoni, p. 209-224.

12

P. Federn (1934), « The Analysis of Psychotics », Int J Psycho-Anal, 15 : 209-214.

13

P. Federn (1952), Ego Psychology and the psychoses, Basic Books, Inc. New York, en français La Psychologie du moi et les Psychoses, Paris, PUF, 1979, trad. A. Lewis Loubignac.

14

Paris, Ithaque, 2017, textes réunis et présentés par le Groupe d’études Paul Federn, trad. C. Haussone. Ce volume regroupe les textes de 1933, « Die Ichbesetzung bei den Fehlleistungen 1. », Imago, 19 (3) : 312-338 et (2) Imago, 19 (4) : 433-453, ainsi que « Märchen, Mythus, Urgeschichteun », chapitre de Das psychoanalytische Volksbuch, publié en en 1926 et 1928 en deux livraisons de la Zeitschrift für psychoanalytische Pädagogik, 1 (1) : 31, signées de Federn et H. Meng, avec une édition considérablement révisée et élargie en 1939, à Berne, par Verlag Hans Huber.

16

https://en.wikipedia.org/wiki/Etta_Federn. Il est intéressant de mentionner que les noms de ces sœurs n’apparaissent nullement ailleurs dans la bibliographie consacrée à l’histoire de la psychanalyse en anglais ou en français.

17

« Obituary, Paul Federn » (1950), Psychoanalytic Review, 37 (4) : 385-386.

18

H. Knoepfmacher (1979), « Sigmund Freud and the B’Nai B’Rith », Journal of the American Psychoanalytic Association, 27 : 441-449.

20

F. Houssier, D. Bonnichon, X. Vlachopoulo, A. Blanc, Cartes postales, notes, lettres de Sigmund Freud à Paul Federn (1905-1938), Paris, Ithaque, 2018, trad. B. Lévy et C. Woerle, p. 140.

21

Voir E. A. Danto, Freud’s Free Clinics. Psychoanalysis and Social Justice 1918-1938, Columbia University Press, 2007.

22

Cartes postales, notes, lettres de Sigmund Freud à Paul Federn (1905-1938), op. cit., p. 197.

23

http://www.shapell.org/manuscript/sigmund-freud-treason-hitler-ww2-1936. E. Federn, Témoin de la psychanalyse. De Vienne à Vienne via Buchenwald et les États-Unis, déjà mentionné.

24

E. Roudinesco, Le Monde, 5 juillet 2007.

25

Quant à l’intérêt de Freud envers les jeunes combattants, voir les souvenirs de Martin Freud, son fils, dans S. Freud, Lettres à ses enfants, Paris, Aubier, 2012, trad. F. Cambon, p. 99. Michael Schröter décrit le genre d’organisation militante lycéenne, la Kadimah, à laquelle Martin adhéra, avec l’approbation de son père, qui se souvenait sans doute de ses engagements de jeunesse.

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