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Numéro
psychologie clinique
Numéro 49, 2020
Cyberpsychologie et Cyberpsychanalyse
Page(s) 72 - 82
DOI https://doi.org/10.1051/psyc/202049072
Publié en ligne 23 juin 2020

© Association Psychologie Clinique 2020

Introduction

Nous souhaitons revenir sur un dispositif psychologique, que nous avons élaboré pour les joueurs professionnels d’e-sport. L’e-sport désigne l’ensemble des activités et des métiers autour des joueurs professionnels de jeu vidéo. Nous avons développé ce dispositif lors de prise en charge de joueurs au sein d’équipes de joueurs professionnels ou de manière individuelle, dans le but d’une préparation mentale des tournois. À partir de notre expérience de la clinique du numérique, il s’agissait de proposer un dispositif qui leur soit spécifiquement adapté. Pour cela, nous avons repris les outils de la psychologie de la performance, les méthodes de la psychologie clinique (principalement d’orientation psychanalytique) et surtout les pratiques du yoga moderne, c’est-à-dire celles développées suite aux modifications apportées par Tirumalai Krishnamacharya (1888-1989). Il s’agit ici d’expliquer notre dispositif et ses fondements théoriques dans les recherches psychologiques sur le yoga. Pour cette raison, nous verrons les intérêts du yoga au niveau psychique selon les différents paradigmes de la psychologie qui nous ont servis pour élaborer notre dispositif. À partir de cela, nous expliquerons comment nous nous sommes fondés sur ces recherches, tout en essayant de conserver la structure minimale d’une pratique du yoga afin d’en conserver ses effets globaux.

Le yoga est utilisé dans le monde sportif de manière préventive pour diminuer les conséquences physiques de gestes répétitifs car il améliore la stabilité, la flexibilité et l’amplitude des mouvements (Kaltenborn, 2006). Contrairement aux autres dispositifs de préparation mentale, qui s’intègrent dans ou à côté d’un entraînement physique, dans le domaine du e-sport français les joueurs n’ont généralement pas d’entraînement physique proprement dit. D’ailleurs, l’importance des problèmes de dos chez les joueurs (et leurs conséquences sur leurs performances) et la nécessité de développer la flexibilité, l’endurance, la posture du corps par une pratique restorative ont été montrées (Gugliotti, 2018). Or, comme nous le verrons, le yoga concourt à une amélioration de toutes ces dimensions, en plus de permettre, grâce à notre dispositif, un travail psychologique s’appuyant sur différents mécanismes psychologiques propres aux jeux vidéo (étudiés par la psychologie clinique d’orientation psychanalytique).

Yoga et psychanalyse

La psychanalyse est sans doute le premier paradigme de la psychologie à s’être intéressé au yoga en occident. La mode des thérapies reposant sur le Mindfulness, la méditation en pleine conscience, dans la psychologie cognitive (avec le programme MBCT) et comportementale (avec le programme MBSR) a pour origine les programmes conçus par le docteur en biologie moléculaire John Kabat-Zin. Cependant cette intégration de la pratique, méditative ou relaxative par exemple, dans le travail psychothérapeutique existait déjà depuis plusieurs années au sein de la psychanalyse, plus exactement dans l’orientation psychosomatique (Delmonte, 1989), ainsi que dans la relaxation à induction variable (Sapir, 1996). En effet, les psychanalystes se sont très tôt intéressés au yoga à travers la question de la présence, et surtout via la pensée phénoménologique (Childs, 2007) : que ce soit à travers la compréhension de la présence à l’autre ou de la présence à soi-même en séance. Ces liens se développaient notamment en psychosomatique pour les douleurs du dos (Nespor, 1989), en intégrant à l’approche psychosomatique de la psychanalyse l’approche somatopsychique du yoga et de la méditation (Nagakawa & Ikemi, 1982). Elles se sont développées au point que les pratiques psychanalytiques intégrant ces spiritualités ont formé dans les années cinquante, dans la pratique étatsunienne, un courant dit de« psychologie humaniste » (Lipiansky, 1982).

En France, les études sur la création de dispositifs psychothérapeutiques d’orientation psychanalytique restent timides (Nespor, 1989). Essentiellement anglo-saxonnes, les recherches actuelles s’orientent vers les effets sur le dispositif analytique de la pratique du yoga en dehors des séances, plus exactement la méditation, depuis les années deux mille. La littérature américaine va principalement étudier l’apport de la méditation sur la présence en séance de l’analyste, et la manière dont elle la modifie, jouant ainsi sur le contre-transfert et donc le travail analytique lui-même. En plus d’une certaine qualité d’écoute, la pratique de la méditation chez l’analyste et l’analysant permet l’émergence de nouvelles formes de soin individuel et d’intimité dans la relation aux autres (Rubin, 2016). La méditation-sans-jugement serait un apport essentiel pour l’analyste (Rubin, 2009), en offrant une attention à ce qui est dit dans le moment, par une plus grande suspension du jugement. Cependant, comme l’explique Rubin lui-même, l’écoute analytique ne peut se réduire à un état d’absence de jugement, puisque cette absence de jugement doit permettre une écoute et une traduction des contenus latents (Rubin, 2009). De plus, les études des processus d’états attentionnels chez l’analyste (Cooper & al., 2003) montreraient que les fluctuations de son attention témoignent de résistances. Par la possibilité de prendre conscience de ces fluctuations, la pratique de la méditation permettrait l’analyse de ces phénomènes (Cooper, 2008).

Ainsi, en intégrant le yoga dans un entretien psychologique, le psychologue va pouvoir faire émerger une autre forme d’intimité (en raison des modifications d’état de conscience chez lui et le progamer, lors des relaxations par exemple1) et être plus disponible à ses propres résistances ainsi que leur interprétation. Notre dispositif n’est pas une analyse, il ne vise pas la perlaboration de l’inconscient. Il est aussi nettement différent dans la disposition des corps, en ce qu’il n’y a pas de divan ou de siège en face à face mais un tapis.

Les effets cognitivo-neurologiques de la pratique du yoga

Depuis les années deux-milles, des recherches sur le yoga se développent selon les méthodes et les concepts actuels de la neuropsychologie. De manière générale, les effets psychologiques de la pratique du yoga ont été étudiés au niveau neurologique sur la dépression, l’anxiété et le stress (Gothe & al., 2018). Les effets de cette pratique sur la cognition est un champ d’étude en plein développement.

L’étude par des tests psychologiques des effets aigus (une seule séance) montre une amélioration de l’attention, de la vitesse de traitement, des fonctions exécutives et de la mémoire (Gothe & McAuley, 2015). Au niveau anatomique, les études montrent que chez les praticiens : il y a une moindre activation du cortex préfrontal dorsolatéral lors de la tâche de Sternberg (Gothe & al., 2018), une augmentation des niveaux d’acide thalamique gamma-aminobutyrique (Streeter & al., 2010), des effets régulateurs sur le système nerveux sympathique et l’axe surrénal hypothalamo-hypophysaire d’après des preuves préliminaires (Ross & Thomas, 2010). Ainsi, le yoga faciliterait le travail de la mémoire, de l’attention et participerait à activer la physiologie de la détente, au point que certaines études recommandent aux cliniciens de conseiller la pratique du yoga en complément de leur travail pharmacologique ou psychothérapeutique, notamment pour les troubles majeurs de la dépression, MDD (Zou & al., 2018).

En intégrant le yoga à l’entretien psychologique, nous pouvons ainsi espérer une diminution de la charge mentale, lors des processus d’attention et du travail de la mémoire à court terme (nécessaires lors des parties de jeu vidéo), et surtout une relaxation, facilitant la récupération après les tournois d’e-sport, et donc leur préparation. Bien qu’intégrant les connaissances apportées par la neuropsychologie afin de discerner les exercices permettant au mieux la préparation des tournois, notre dispositif ne repose pas sur ses méthodes et ses protocoles.

À cette approche neurologique, la psychologie va aussi offrir une étude, selon un protocole basé essentiellement sur les statistiques, des compétences psychologiques développées par la pratique du yoga permettant un bien-être, c’est la psychologie positive.

Les processus psychiques développés par le yoga permettant l’épanouissement des individus

La psychologie positive s’intéresse au bien-être, à la résilience et à l’optimisme. Autrement dit, non pas à ce qui dysfonctionne mais à ce qui fonctionne (Lecomte, 2012). Plus exactement, la majorité des auteurs s’accordent à la définir comme une science du bien-être (Shankland, 2014).

Les études de psychologie positive montrent ainsi que le yoga développe le bien-être psychologique (soit la capacité à donner un sens à son existence et à se sentir en cohérence avec lui (Shankland, 2014)), améliore l’estime de soi et l’acceptation de soi, le sentiment d’autonomie, la qualité des relations, le degré d’épanouissement personnel, le sentiment de maîtrise de son environnement et le fait de considérer que la vie a du sens (Dol, 2019). Et surtout, le Yoga va développer le flow (Knowles & al., 2013), soit « l’état psychologique optimal ». Concept originellement compris dans la psychologie humaniste, c’est aujourd’hui un des concepts essentiels de la psychologie positive (McAddams, 1990).

L’intégration du yoga dans notre dispositif va donc permettre de travailler le bienêtre psychologique, soit d’accompagner le joueur dans la construction du sens qu’il donne à sa vie de joueur professionnel. Elle permet aussi de travailler plus directement sur le flow du joueur (cela plus particulièrement grâce aux exercices sur l’attention), afin de faciliter l’état de flow lors des compétitions. Pour autant, notre dispositif ne vise pas seulement au développement des compétences positives. Comme dans les dispositifs d’inspiration psychanalytique, il s’agit aussi d’ouvrir un espace d’expression des pulsions agressives et de leur rôle essentiel dans la compétition. C’est principalement la psychologie de la performance qui va s’intéresser aux effets du yoga sur le flow, en ce que le développement de ce dernier permet de réussir la performance sportive sans se centrer sur les éléments de perturbations (Demontrond & Gaudreau, 2008).

L’intégration du yoga à la préparation mentale

Le yoga est particulièrement développé en psychologie de la performance, soit directement comme pratique lors de l’entraînement, soit par sa reprise dans les thérapies dites de pleine conscience, mindfulness. La psychologie de la performance est une spécialité de la psychologie du sport « cherchant à identifier pour les optimiser les facteurs personnels et contextuels (e.g., psycho-sociologie des organisations) contribuant à l’excellence du sport » (Décamps, 2012, p. 14).

Ce qui domine dans la psychologie de la performance n’est pas une performance des a¯ sanas (des postures) mais l’amélioration de la concentration, de la relaxation et de l’état de flow. La notion de flow a été conceptualisée en 1975 par le psychologue hongrois Mihály Csíkszentmihályi. Sa définition évoluera au cours du temps, et son étude amènera au concept de zone d’activation optimale, c’est-à-dire une zone définissant un stress minimal nécessaire à la performance et un stress maximal qui, en cas de dépassement, nuit à la performance sportive. L’hypothèse de la zone individuelle de performance optimale a été développée dans les années quatre-vingt, par le psychologue du sport russe Yuri Hanin. D’après ses recherches, chaque athlète à une zone d’anxiété précompétitive permettant que sa performance soit optimale (Décamps, 2012, p. 124).

Ces études nous montrent qu’il ne s’agit pas d’éliminer toute angoisse ou tout stress mais d’analyser, et distinguer, ceux qui participent à la performance du joueur de ceux qui l’inhibent. Grâce au yoga, à l’association libre sur les tournois ainsi que les techniques d’analyse de match (consistant à visionner un match enregistré avec le joueur en l’accompagnant à verbaliser son ressenti), il s’agit d’explorer avec le joueur sa zone d’activation optimale. Dans cette optique, le yoga ne sera pas abordé seulement par le biais de la méditation, ou de la relaxation, mais aussi du pra¯.na¯ ya¯ ma (exercices de respiration), notamment ceux permettant de contrôler le maintien de la tension dans cette zone. Le yoga est essentiel dans le dispositif car, en plus d’améliorer l’état de flow, la pratique du yoga au sein de l’entraînement permet d’améliorer les performances sportives (Knowles, 2013). Son intégration dans l’entraînement permettrait une amélioration significative de la relaxation, de la concentration et dans une moindre mesure de la motivation, de la conscience des pensées et du ressenti, en plus d’une amélioration des performances et des techniques sportives (Knowles, 2013). Même de manière mineure, tous ces effets participent à améliorer l’état de flow des sportifs (Knowles, 2013). Autrement dit, le yoga concourt immédiatement à la performance du progamer sans pour autant se réduire à une visée de maîtrise, mais plutôt d’observance plus proche de la démarche psychanalytique. Il est aussi essentiel de s’inspirer de la neutralité bienveillante en psychanalyse, afin de ne pas réduire la relation à une « alliance » visant à la disparition des handicaps de performance.

Dispositifs psychothérapeutiques intégrant une activité physique

Majoritairement les études psychologiques ne pensent pas le yoga comme un ensemble mais, majoritairement, selon une dimension, le plus souvent la méditation ou la relaxation. Pour cette raison, nous allons nous intéresser aux « thérapies par blocs », qui pense l’activité physique dans sa globalité. On les appelle BPT, pour Bouldering Psycho Therapy. Ces psychothérapies par bloc consistent en une prise en charge globale de la personne par une activité physique et des protocoles psychologiques de type psychothérapeutique.

Une étude de l’effet sur la dépression de la pratique de l’escalade thérapeutique (comme activité physique de la BPT) associée à une psychothérapie, dont l’orientation et le dispositif ne sont pas précisés (Stelzer & al., 2018), montre une plus grande durabilité des effets du travail grâce à la pratique physique thérapeutique. Il serait donc dommage de réduire le yoga à une seule de ses dimensions. Premièrement, la plupart des outils de mesure montrent que les effets du Yoga sur la santé seraient supérieurs à ceux d’une pratique physique (Govindaraj & al., 2016). Deuxièmement, une étude montre que ce n’est pas seulement l’activité physique du yoga qui permet d’obtenir des résultats pour le traitement des troubles dépressifs majeurs, aussi dits MDD (Krogh & al., 2017). C’est donc bien la spécificité du Yoga en tant que pratique globale (incluant la méditation, le pra¯.na¯ ya¯ ma, les a¯ sanas et la relaxation) qui a un effet sur les MDD. Ce modèle des BPT trouve un écho dans les travaux de la psychologue clinicienne Clara Bottai, qui propose un cadre d’intervention du yoga dans une visée psychothérapeutique complémentaire à une psychothérapie d’inspiration analytique (Bottai, 2017). En plus de nous montrer l’intérêt d’un tel dispositif à travers une vignette clinique, elle nous redonne son dispositif qui est le suivant : présenter le dispositif, faire l’anamnèse de la personne, proposer des exercices de pra¯.na¯ ya¯ ma, des a¯ sana, puis la méditation pour finir par la verbalisation du ressenti. Elle montre ainsi que son intervention a des effets sur la verbalisation de la personne, sa vision de la situation, la réappropriation de son corps malgré les dispositifs médicaux, etc. Autrement dit, cette pratique est élaborée par un psychologue dans des objectifs psychologiques et non dans un but compétitif.

Dans notre dispositif, le yoga ne vise pas un alignement idéal du corps mais l’appropriation des effets psychologiques de ces exercices, tels que : le ressenti, la détente, la réappropriation de son corps dans le dispositif vidéoludique, le discours de la personne sur la différence entre l’image qu’elle se fait de la posture idéale et son corps dans la position. Par exemple, nous prenons en compte le rôle des effets psychologiques du renforcement et de l’assouplissement musculaire du dos sur les performances du joueur lors des compétitions (pendant lesquelles il doit rester assis souvent de longues heures). À ce jour, par la pratique nous connaissons ces effets, cependant nous manquons d’études sur les effets précis de chaque posture. Bien que très proche du travail de Bottai, notre dispositif ne se construit pas dans sa complémentarité à la psychothérapie analytique. Cette dernière est considérée dans son extraterritorialité.

Conclusion : un dispositif de préparation mentale inspiré du yoga coaching

Pratique qui se développe depuis une vingtaine d’années en France et inspiré des pratiques sportives, le coaching est avant tout un accompagnement vers un objectif. Le coaching crée un espace stimulant, dans une relation singulière, pour une plus grande efficacité de la personne (Amar & Angel, 2017, p. 3-6). Il se différencie du Yoga qui est avant tout une spiritualité, qui dans sa démarche apporte des effets collatéraux d’amélioration de certaines performances, et de la psychanalyse en ce qu’il y a un objectif de performance. Le coaching se situerait plus ou moins soit vers la psychanalyse, soit vers le « Problem Solving», qui seraient ces deux extrêmes (Persson, 2006). La difficulté est alors de ne pas arriver dans le Problem Solving et son instrumentalisme, pour ne pas totalement dénaturer l’approche globale qu’offre le yoga et la psychanalyse.

Nous proposons ici un dispositif de préparation mentale inspiré du travail de Bottai et du yoga coaching du professeur de yoga Ricardo Ferrer de l’Institut Européen de Yoga (auquel nous avons été formés). Sa formation propose une approche globale reposant sur des exercices de psychologie positive et la structure d’une séance de yoga : mise en place, échauffement, poses debout, équilibres, poses au sol, inversion, méditation et relaxation. Cette structure peut-être réduite à trois catégories structurantes (Govindaraj & al., 2016) :

  • exercice de respiration,

  • poses,

  • méditation.

Notre dispositif se caractérise donc par la structure minimale d’une pratique de yoga (inspirée d’un cours de yoga), l’intégration au sein de cette structure des techniques et méthodes de la psychologie, telles que l’entretien psychologique (inspiré de la psychologie clinique, notamment pour élaborer une anamnèse), l’analyse de match et les méthodes d’organisation des entraînements (inspirées de la psychologie de la performance), les techniques laïques de méditation (non prises dans un discours spirituel) et la verbalisation du ressenti pour travailler sur les compétences positives (inspirées de la psychologie positive), la détermination des exercices de respiration en fonction de la zone optimale d’activation (en nous inspirant de la psychologie de la performance), ainsi que ceux sur l’attention ayant des effets sur la physiologie de la cognition (inspirée des études neuroscientifiques), enfin les postures de yoga et une ouverture vers une association plus ou moins libre sur le ressenti et l’adaptation à la singularité de la personne (inspirée de la démarche analytique et du dispositif de psychologie clinique de Bottai). Au niveau postural, notre approche est essentiellement basée sur les postures développées en Yoga restorative (inspiré du yoga de Bellur Krishnamachar Sundararaja Iyengar utilisant des briques, des sangles, des traversins et des couvertures). Notre dispositif propose à la personne, à la fin de la relaxation, de pouvoir rester allongée ou non et d’associer dans un dispositif proche de celui de la psychanalyse, non plus sur un divan mais sur un tapis. Dans le cas de la préparation mentale, cette association est souvent limitée à la construction de l’identité de sportif de la personne, aux ressentis et surtout sans interprétation ou sans construction de la part du psychologue, afin de la différencier d’un dispositif proprement clinique qui repose justement sur ces possibilités. À la manière des protocoles MBCT et MBSR, nous avons adapté les méditations (la méditation laïque) afin de réduire le plus possible les phénomènes de suggestion. Ainsi, nous ne proposons pas de relaxer mais simplement d’observer. De plus, nous intégrons des phases d’analyse du jeu soit un enregistrement (analyse de match), soit pendant que le joueur joue, reprenant le dispositif clinique élaboré par Michaël Stora (Stora, 2005), qui a été largement repris par les cliniciens sous la forme : laisser jouer la personne et l’inviter à verbaliser son jeu. Bien qu’il ne soit pas d’orientation clinique, ce travail de verbalisation du ressenti (dans une situation où la pratique du jeu vidéo est sublimée) permet un processus d’ouverture à l’altérité dans le jeu, inspiré de la clinique proposée par Serge Tisseron de la « rencontre d’un corps réel » (Tisseron, 2006). Ce dispositif permet que la relation du joueur au jeu s’ouvre à l’altérité du psychologue, pour penser la dyade numérique (Tisseron, 2006), et que le ressenti soit verbalisé, et ne vise pas seulement la dextérité psychomotrice du geste. Travaillant sur les états psychiques d’amalgame, le yoga et sa verbalisation permettent de travailler avec le joueur sur la dimension de « ludopaysage » (Leroux, 2008), notamment sur les passages de délimitation/séparation, permettant au joueur de se recentrer au cours de longs tournois. Par le travail sur le soi-décentré et sur la concentration, les exercices de yoga permettent aussi au joueur de trouver des moyens qui lui sont propres de faire avec l’anxiété liée à l’anticipation de soi et de l’autre en tant que sujet (Tordo, 2015). Ce sont les moments dans le tournoi où (quand il déploie sa stratégie de jeu) le joueur prend conscience, par un comportement inattendu des autres avatars, que les avatars des autres joueurs représentent un sujet qui peut échapper à des comportements rationnels ou répétitifs. Autrement dit, ces exercices permettent de travailler sur l’anticipation de l’autre en soi (Tisseron & Tordo, 2014), sur l’ouverture à l’inattendu qui déstabilise souvent lors des tournois. La pratique du yoga permet une plus grande attention à la fois en termes d’attention focalisée et surtout en termes d’attention partagée (Schmalzl & al., 2018). Cette dernière est essentielle pour les joueurs, notamment pour la relation entre l’avatar et les mouvements de la main dans un moment de difficulté ou lors d’une combinaison de touches difficiles pour le joueur : difficultés qui relèvent principalement d’un « surgissement cybernétique », c’est-à-dire venant rappeler la présence de l’appareil entre l’espace diégétique du jeu (sur l’écran) et le corps du joueur (Willo & Missonnier, 2011) faisant vaciller l’état de flow.


1

Les recherches sur l’hypnose pourraient ici être porteuses, notamment dans l’hypnose d’orientation humaniste, qui parle de « synchronisation » pour désigner des états psychiques qui seraient partagés par le thérapeute et la personne reçue. Actuellement, des recherches émergent sur l’apparition synchronique chez le psychothérapeute et la personne reçue de réactions, phénomènes, etc., physiologiques appelées PS (physiological synchronization) (Palmieri & al., 2018).

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